Témoignage

TÉMOIGNAGE

Jeune, jolie et appareillée.

Marie est une jolie femme  de 45 ans, maman de trois enfants. Personne n’imagine que, sous sa chevelure brune,

Marie cache des aides auditives. Appareillée depuis presque dix ans, elle ne se sent ni vieille ni handicapée.

Nous l’avons rencontrée.

Comment vous êtes-vous aperçue de votre surdité ?

Marie Nivaggioli. – J’avais tendance à faire répéter et, à un moment, je me suis rendu compte que c’était de plus en plus fréquent, surtout avec les personnes qui parlaient doucement. J’entendais en revanche très bien celles qui parlaient fort. A la maison, j’avais tendance à monter le son du téléviseur, et mon mari, qui a une ouïe fine, me le faisait remarquer... Pour moi, ce n’était pas vraiment handicapant, mais pour les autres, c’est devenu gênant. Lors d’une visite à la médecine du travail, j’ai fait un test et le médecin m’a confirmé ma surdité.

Qu’avez-vous fait ?

Lors de mon congé maternité, j’avais du temps, alors je suis allée voir un ORL, qui m’a fait passer tous les tests. En réalité, ma surdité était ancienne, et j’avais une baisse importante aux deux oreilles.

J’entendais bien les sons aigus, mais pas les sons graves. Les endroits bruyants étaient particulièrement difficiles pour moi... L’audioprothésiste m’a conseillé le port non pas d’intra-auriculaires, mais de contours d’oreille.

Comment s’est passée l’adaptation ?

C’est bizarre, parce que l’on s’habitue à sa surdité : on vit dans son cocon, comme lorsque l’on est myope. Je suis astigmate, mais je ne porte pas de lunettes, car elles me gênent. En revanche , je n’ai pas eu de problème avec les contours d’oreille : je m’y suis rapidement et très bien habituée. J’ai réentendu des bruits que je n’entendais plus, comme celui de mes pas, et ça, aujourd’hui, je ne pourrais plus m’en passer. Mes appareils me sont indispensables. Une fois, je les ai oubliés, je m’en suis aperçue dans le bus, mais hélas trop tard. Une autre fois, je suis retournée chez moi les chercher !

Vous avez redécouvert un « bout de vie » ?

Oui, je « sens » plus la vie. J’entends par exemple les plaisanteries que je ne saisissais pas complètement avant. J’avais un collègue qui racontait beaucoup d’histoires drôles et, quelquefois, je n’entendais pas bien, alors pour éviter de faire répéter, je souriais. Mes amies, qui me connaissaient, savaient que je n’avais pas entendu… Aujourd’hui encore, il y a des choses que je n’entends pas bien, comme les enfants qui pleurent au- dessous de chez moi, alors que mon mari, lui, les entend.

Comment vivez-vous le fait d’être appareillée ?

Je le vis très bien. Je le dis à tout le monde, sans aucun complexe. C’est facile : ces contours sont tout petits, super- discrets, et mes cheveux les cachent. Si je n’avais pas la possibilité de les dissimuler, peut-être que cela me gênerait.

Comment entendez-vous ?

Avec mes appareils, les voix, les intonations sont les mêmes. C’est comme un transistor : vous mettez juste un peu plus fort, mais il n’y a pas de transformation, la sonorité est identique.

Et l’entretien de l’appareil ?

J’ai des appareils qui se rechargent, ce qui fait que je suis tranquille pendant une à deux semaines. Je leur passe un petit coup de brosse, les tiges se changent de temps en temps, et les piles tous les six mois.

Vous n’avez pas besoin d'accessoires, d’appareils supplémentaires ?

J’avais juste besoin d’un amplificateur de son pour le téléphone, mais l’inconvénient, c’est que la pile se décharge vite. Maintenant, lorsque je décroche, je mets le volume à fond et je n’utilise plus d’amplificateur. Je n’ai pas besoin de casque, rien : j’ai juste mes aides auditives, et tout va bien ! Et je ne les porte pas au cinéma : le son est fort, j’entends bien.

Quel est le regard des autres ?

J’ai un collègue qui était vexé parce qu’il m’avait appelée et je n’avais pas répondu. Je suis allée le voir et je lui ai dit en riant : « Tu sais que je suis handicapée ? » Il m’a regardé avec des yeux en points d’interrogation. Je lui ai expliqué ma surdité et le port des aides auditives, il ne s’en était pas aperçu. C’est curieux, beaucoup de personnes sont gênées et s’excusent ou disent « Je suis désolée ». Jamais on ne vous dit cela lorsque vous portez des lunettes.